Interview des moniteurs de l’IROKO
DIVA : Bonjour, j’aimerais que vous nous parliez des relations de votre atelier avec DIVA. Si je récapitule, 3 personnes de l’IROKO sont, aujourd’hui, suivies dans un emploi ordinaire. 2 CAP de « Cuisinier » ont été obtenus et une troisième personne est en formation. 4 personnes sont actuellement en cours d’accompagnement. En tout, ce sont 7 personnes de votre atelier qui sont accompagnées. Pouvez-vous me rappeler combien de personnes travaillent dans votre atelier ?
IROKO : Nous avons un effectif de 8 travailleurs.
DIVA : Alors comment expliquez-vous l’engouement de vos travailleurs pour un accompagnement DIVA ?
IROKO : C’est le fait que, dès qu’il y a une personne qui arrive, nous l’informons tout de suite que l’IROKO, c’est un palier. A la fin de sa formation, il y a un tremplin avec DIVA qui demandera peut-être plusieurs mois ou plusieurs années, mais nous travaillons dans ce sens là. Ça la motive déjà, elle sait qu’elle ne va pas rester là.
DIVA : Y a-t-il une demande de la part des travailleurs de s’engager dans une démarche vers le milieu ordinaire ?
IROKO : Et bien oui !
DIVA : Donc DIVA fait parti de vos outils ?
IROKO : Oui et nous pensons que c’est pour ça que nous avons autant de personnes sorties et en cours d’accompagnement.
DIVA : Est-ce que votre accompagnement mobilise des attentions particulières par rapport au travail en entreprise ?
IROKO : Oui ! « A l’extérieur, tu ne pourras pas faire ça… Ça, ça ne se fait pas… ». L’accompagnement se fait toujours dans ce sens là. Tout en sachant qu’il y a des gens qui ne partiront jamais. C’est leur choix qui dépend aussi de leurs capacités.
DIVA : Est-ce que DIVA vous pose des problèmes dans votre activité, votre organisation ?
IROKO : Non, pas du tout. Ça nous dynamise aussi. Parce qu’on est obligé de se remettre en question. Ça nous évite la routine, du fait que vous vous occupiez de sortir les gens et de les placer à l’extérieur. Et c’est bien ! Ça ne peut être que bien.
DIVA : Est-ce que le caractère particulier de votre atelier qui est d’accueillir des clients de l’extérieur, favorise le fait que les travailleurs souhaitent s’adresser à DIVA ?
IROKO : Oui, un peu plus. Ils sont quand même confrontés aux réactions des clients. Ils doivent faire attention à leur façon de se tenir, à leur langage. En cuisine, on est entre nous, mais en salle ils apprennent à avoir un autre langage par rapport à la clientèle.
DIVA : Par exemple, M. AL qui prépare un CAP, quand il est arrivé, ça ne semblait pas facile, il avait ses fragilités. Et depuis cette époque, il a énormément progressé…
IROKO : Oui mais c’est le même travail. Quand il est parti en formation, on était heureux. Bon, ça nous faisait gros sur le cœur parce qu’on l’appréciait comme tous ceux du groupe. C’est génial, il a réussi quelque chose.
DIVA : Et que pensez vous des efforts que font les travailleurs, que ce soit pour reprendre une formation ou pour faire leur place en milieu ordinaire ?
IROKO : Pour certains c’est important, notamment par rapport au salaire. Ils font aussi des projets, ils ont envie de vivre en couple, de trouver un appartement. La rémunération CAT n’est pas prise au sérieux, l’AAH n’est pas prise en compte par les bailleurs… Par exemple ; M. AL a le projet de prendre un appartement. En ce moment il ne peut pas.
DIVA : Est-ce que c’est la perspective du milieu ordinaire qui les incite à faire plus d’efforts ?
IROKO : Oui, c’est certain. Si tu arrives dans une entreprise en sachant que tu es là pour toute ta vie, tu tournes en rond ! Tu ne te motives pas. Là, tu sais qu’il y a une progression possible et ça motive.
DIVA : Donc pour vous DIVA ne pose pas de problèmes particuliers, ça ne peut pas justifier des baisses de productivité ?
IROKO : Non, non. Aucun souci par rapport à ça. Bon, ça pourrait. C’est sur que si aujourd’hui on est complet, peut-être qu’on vous demandera de reporter un rendez-vous. Et encore, on s’arrange. Il faut avoir compris le rôle de DIVA.
DIVA : Et alors, le départ d’un travailleur pour le milieu ordinaire, vous vivez ça comment ?
IROKO : Très bien. Nous sommes très très contents. Quand tu as travaillé trois ans avec une personne et qu’elle s’en va parce qu’elle a trouvé une meilleure place pour elle ; c’est génial. On a beau faire attention à la distance, tu t’attaches toujours aux personnes. Le but c’est qu’elle progresse.
DIVA : Lorsqu’une personne revient, à la fin de sa formation ou parce que son expérience en entreprise n’a pas été concluante, comment ça se passe ?
IROKO : Lorsqu’une personne revient après une expérience qui n’a pas été concluante, c’est déjà difficile pour elle, elle vit ça comme un échec. Ça nous demande plus d’attentions. Lorsqu’ils ont leur CAP « cuisine », il vaut mieux pour eux qu’ils trouvent rapidement un emploi. Il ne faut pas qu’ils se réhabituent au CAT. Et puis ils peuvent se sentir dévalorisés. Même si on leur dit qu’il faut apprendre tous les jours, ils se demandent à quoi ça leur sert. Bon, ça a une influence sur les autres qui voient que celui-ci est arrivé alors ils se disent : « pourquoi pas moi ? ».